EXPOSER – Regroupement pédagogique des professeurs de lycée à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon – mars 2019

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Intervention de Laurent Devèze, directeur de l’ISBA et commissaire d’expositions

« Créer c’est exposer »
L’exposition dans la pratique contemporaine permet de mettre en évidence des problématiques propres au fait artistique. L. Devèze évoque sa pratique curatoriale et les cabinets de curiosités, des origines à leur traduction actuelle. Le « musée imaginaire » de chacune des instances (créateur, récepteur, curateur) est toujours la construction d’un appareil de références construites et héritées. La création, de ce point de vue, n’est jamais vierge. Créer, c’est déjà exposer un appareil de références, un ensemble d’œuvres  sous-jacents qui nourrissent la création.

Une exposition ne se déploie pas nécessairement dans l’espace. (ex. Seth  Siegelaub, représentant de l’art conceptuel aux États-Unis dans les années 1960). L’exposition peut renvoyer à univers virtuel ; un livre peut devenir une exposition.
L. Devèze évoque Magiciens de la Terre : première exposition traitant à parts égales les artistes les plus connus du temps et les créateurs non occidentaux.

  • Exposer c’est choisir (sélection) en fonction d’un propos, d’une articulation des objets, d’un non-choix… mais dans tous les cas, c’est prendre parti, faire preuve de discernement, c’est construire un discours.
  • L’exposition ne se limite pas à un espace à remplir. Exposer ce n’est pas s’enfermer dans un espace dédié. Le lieu de l’exposition peut être un lieu auquel on ne s’attend pas (friches, hôpital, cour de récréation…).
  • Exposer de manière classique c’est penser l’œuvre de façon peut-être naïve et répéter un rituel. Sommes-nous encore dans la création ? Il convient plutôt de penser l’exposition en fonction de ce qu’elle est, à savoir une véritable création.
  • La création contemporaine, conceptuelle, a un possible intérêt à être présentée dans son processus de création ; elle pourra être “non achevée”. La trace de l’acte performatif par exemple peut être objet d’exposition. Celle-ci, dans tous les cas, n’est pas un étalage, ou alors c’est un partis-pris.
  • Exposer, c’est reconnaître d’autres formes de créations extra européennes (question géopolitique).
  • Exposer, c’est aussi une reconnaissance institutionnelle de l’objet exposé sous sa forme marchande. Exemple : l’exposition à Beaubourg d’un objet fait augmenté sa cote sur le marché de l’art entre 15% et 20%. Il faut aussi interroger cette dimension pécuniaire, spéculative de l’art. Il s’agit ici de l’art à forte valeur ajoutée.
  • Si l’art est une fonction, l’artiste un passeur (intermédiaire entre des mondes), comment peut-on exposer dans l’optique d’un partage ?

L’ISBA a réalisé trois expositions conçues comme des questions : L’art est-il du luxe ? L’artiste est-il un chamane ? L’art contemporain peut-il être une fête ?

L. Devèze évoque tour à tour les tenants et les aboutissants de ces trois expositions dont il était le commissaire.

O. Deshayes évoque le rôle d’une exposition et plus particulièrement la « compétence exposer » des nouveaux programmes de lycée : « exposer » c’est poser une question, un questionnement, un enjeu, une ouverture. Il s’interroge sur le rôle et la place de la médiation artistique en référence à L’École des médiateurs, dispositif expérimental du FRAC. Apprendre à poser des questionnements, à déconstruire les images, à interroger les œuvres semblent l’une des fonctions premières de la médiation. L. Devèze attire l’attention sur le fait que la médiation ne doit pas ensevelir les œuvres sous des discours, quels qu’ils soient. Il ajoute que l’artiste donne à voir, à ressentir, à penser. Aussi convient-il que le médiateur sache quand et comment intervenir. Du reste, il n’y a pas un unique message à délivrer. Le médiateur doit aussi apprendre à se retirer, à faire silence dans le processus de médiation. O. Deshayes et L. Devèze s’accordent à dire que la médiation doit s’exercer comme des questionnements.

 

Intervention de Yann Delmas, professeur formateur CAFFA et Réforme du Lycée

La « compétence Exposer »

Définition d’Etienne Souriau de l’exposition : « présentation publique d’œuvres d’art, pour un temps limité. L’exposition […] est un mode important de relation entre le public et l’art ».

Peut-on exposer partout ?
Exposer peut-il contribuer à une éducation des regards ?
La trace peut-elle faire œuvre ? Dans ce cas, l’expose-t-on et comment ?
Le « Projet exposer » n’est-il pas sensiblement différent de la « compétence exposer » ?
Sol Le Witt : collaboration ? Co-création ? Quelle est la marge d’interprétation ?
Exposer : s’adapter au lieu ou concevoir une exposition en fonction des contraintes du lieu ?
Spectateur actif/passif devant une œuvre ?
Pour quels publics élabore-t-on une exposition ? Cette interrogation a-t-elle encore un sens ?
Espaces éphémères : Ex. La cour de récréation (Morez) où les élèves sont intervenus avec des machines à dessiner. (Traces aujourd’hui effacées.)
D’autres formes d’exposition : les réseaux sociaux comme espaces de partage : Facebook, Instagram, etc.
Comment prolonger l’exposition ?

Questions et remarques relatives à l’intervention de Y. Delmas

  • place de l’institution scolaire et question des droits liés à l’exposition des productions plastiques d’élèves et RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données).
  • Photographies de démarches artistiques ? Traces ou œuvres que l’on peut exposer ou pas ? Quel statut pour ces « objets » ?
  • L’exposition construit-elle le goût ?
  • La question de l’archive : qu’en est-il de la temporalité de l’œuvre ? (Différent de la trace qui pose le problème de la nature artistique de l’objet). Documentation raisonnée inscrite dans la temporalité.
  • Le “Grand oral” : possibilité pour un candidat de présenter un « objet d’étude » artistique dans le cadre du « Grand Oral » croisant plusieurs enseignements de spécialité, dont les arts plastiques.

 

Intervention de H. Roelants, professeur formateur Réforme, et Mme Nina de Barros, étudiante 1e année à l’ISBA

M. Roelants restitue l’historique des expositions au lycée Condorcet (Belfort) des œuvres prêtées par le FRAC. Il rappelle le protocole de prêts des œuvres particulièrement contraignant. Vernissage et visite de l’exposition sur rendez-vous. Les médiateurs permettent d’être des « passeurs ». Pas d’exposition « clé en main ».

Comment s’adresser au public ? Quelle est la nature du discours des médiateurs ? H. Roelants évoque la mise en scène théâtrale de la dernière exposition. Les médiateurs gèrent aussi la sécurité des œuvres face au public. Ils prennent également en charge de responsabiliser les élèves. La prise de parole en public n’est pas aisée d’autant que les publics sont différents : classes de BTS, classes de collège, écoles primaires, et, lors du vernissage, quelques professeurs, des parents d’élèves, des représentants de l’institution, etc.
Contenu : répondre aux questions sans ensevelir l’œuvre exposée.

Une collègue évoque des expériences proches avec le Satellite du FRAC au lycée Belin. Finissage. Élèves de première.
Mme Lalire se pose les questions suivantes : quels sont les enjeux de la médiation ? La démocratisation de l’art ? Le partage ? La médiation participative ? Certaines œuvres peuvent-elles se passer de médiation ? Le numérique peut-il être conçu comme médiation ?
Mme Daval fait souligne qu’un stage proposé au PAF 2019-2020 est en passe d’être finalisé au Centre 19 de Montbéliard sur la Médiation : pourquoi et comment transmettre l’art contemporain ?
Qu’en est-il de la médiation chez les jeunes enfants ?

M. Mathey remarque, quant à lui, que le dispositif “École-Collège au cinéma” est une forme de médiation et de sensibilisation évitant les phénomènes de rejet d’un cinéma non contemporain.
Dispositif “La classe/l’œuvre” : permet aussi de mettre en place une médiation. Cartels, livret, vernissage, échanges avec le public, rencontre avec un journaliste…
Ce type d’expérience (La classe/L’œuvre) devient un élément professionnel valorisé dans les lettres de motivation et dans le CV des jeunes à la recherche d’un stage à la fin de la scolarité obligatoire, notamment en termes de compétences développées.
L’initiation à la médiation, qui ne peut se comprendre que dans un temps relativement long, permet d’exercer le regard.
Qu’en est-il du commissariat dans la médiation dont cette dernière n’est in fine qu’un élément d’un processus plus complexe que développe la « compétence exposer » ?

 

Notes prises par Olivier Deshayes

 

Photos prises lors du regroupement pédagogique de professeurs de lycée à l’ISBA de Besançon, sur le thème “EXPOSER”.
Après une matinée d’apports théoriques, de questionnements pédagogiques et d’échanges sur certains points la “compétence “exposer” des nouveaux programmes de lycée,

l’après-midi fut consacrée à un partage d’expériences autour de la question de l’exposition,

avant que les professeurs ne soient invités à concevoir et scénographier en groupe une micro-exposition,

à partir du fonds d’oeuvres d’art contemporain de l’Institut Supérieur des Beaux Arts.

Ces quelques photos témoignent du travail des collègues.

Photographies prises par Yann Delmas